1- Types de rééducation

    - La rééducation est importante. Au même titre que la chirurgie, elle constitue une partie fondamentale de votre traitement. Seule une rééducation bien conduite vous assurera une récupération de la fonction de votre articulation, et permettra une sédation des douleurs.
    - En fonction de votre pathologie, de votre âge, et d'autres éléments cliniques, deux modes de rééducation peuvent être envisagés: à domicile ou en hospitalisation.
    - Dans la mesure du possible, je préconise un retour à domicile et une rééducation personnalisée avec votre propre kinésithérapeute. Certaines techniques chirurgicales favorisent la récupération post-opératoire. La chirurgie «mini-invasive», en particulier arthroscopique, de par sa moindre agressivité tissulaire, favorise cicatrisation et récupération fonctionnelle tout en diminuant les douleurs post-opératoires. De même, les progrès constants dans le traitement de la douleur sont un facteur supplémentaire facilitant le travail articulaire après une intervention. Ces améliorations permettent donc un retour précoce à domicile avec prise en charge chez un kinésithérapeute libéral. Dans d'autres cas, votre rééducation débutera en centre spécialisé, soit en hospitalisation complète, soit en hôpital de jour.
    - Quel que soit le mode choisi, votre rééducation nécessite une relation étroite, en toute confiance avec votre kinésithérapeute. Son rôle est de vous diriger dans votre travail pour redonner à chaque élément articulaire (capsule articulaire, ligaments, tendons, muscles...) des caractéristiques mécaniques satisfaisantes avant de procéder au réglage de votre articulation.

2- En pratique

    - La rééducation va entrainer une augmentation de la douleur après les séances. Ceci est tout à fait normal. Cette douleur doit bien sur rester tolérable pour pouvoir travailler régulièrement tout au long de la journée, ce qui est impératif. Je conseille donc de prendre un traitement antalgique adapté systématique et d'utiliser des méthodes adjuvantes comme la cryothérapie, sans excéder 15 minutes sur chaque zone douloureuse.
    - Votre rééducation comprend des séances avec kinésithérapeute à son cabinet ou dans un centre spécialisé, et une rééducation personnelle encore appelée auto-rééducation.

2.1- Séances avec kinésithérapeute

    - Leur fréquence est variable en fonction du type de chirurgie, du recul et des progrès obtenus. Ces séances comprennent massages, physiothérapie, mobilisation, travail musculaire.
    - La balnéothérapie réalisée en centre ou dans certains cabinets de ville est un plus, surtout lors de la période initiale de la rééducation, mais n'est pas une nécessité absolue et ne modifiera pas le résultat final.
    - Votre kinésithérapeute devra manipuler votre articulation pour en analyser le fonctionnement et définir au mieux les exercices à faire en cours de séance et entre les séances. Si nous sommes tous constitués des mêmes tissus (os, muscles, tendons...), chacune de nos articulations est rendue unique par certaines variables (dimensions, orientations tridimensionnelle...). Ceci est particulièrement vrai au niveau de l'épaule, pour laquelle les variables sont nombreuses et complexes. De plus, notre capacité de récupération est fonction de notre constitution propre, de notre âge et divers autres facteurs. Il est donc difficile de définir un protocole standardisé, figé, pour chaque articulation et l'ensemble de la population. Il existe une base commune mais de nombreux exercices seront propres à chaque patient et son évolution. Votre kinésithérapeute va ainsi devoir adapter votre séance et les exercices à réaliser.

2.2 - Auto-rééducation

    - Elle est fondamentale pour gagner du temps et favoriser la récupération fonctionnelle, en particulier dans les semaines qui suivent une intervention chirurgicale. Ceci est particulièrement vrai après la chirurgie de l'épaule.
    - Cette auto-rééducation se compose d'exercices simples, réalisables n'importe où et sans aucun matériel. Elle commence le plus tôt possible, alors que la cicatrisation articulaire n'est pas encore achevée. La plupart du temps, elle se fera sous la forme de séances très courtes de quelques minutes (3 à 5), à répéter de 5 à 12 fois par jour. La fréquence comme la durée d'une séance sont à adapter à votre tolérance personnelle sur l'ensemble de la journée, en fonction du type de chirurgie, de l'importance des douleurs secondaires, de l'évolution fonctionnelle. A ces seules conditions l'autorééducation apportera toute son efficacité.

L'épaule permet un positionnement précis du bras et de la main dans l'espace. C'est l'articulation la plus mobile de l'organisme. A ce titre, elle est aussi très sensible à toute forme d'immobilisation et s'enraidit très vite avec des conséquences fonctionnelles importantes. Sa rééducation est fondamentale et nécessite une motivation importante de la part du patient et de son kinésithérapeute. Elle comprend deux parties indissociables: des séances plurihebdomadaires avec votre kinésithérapeute et des séances pluriquotidiennes de rééducation personnelle appelée auto-rééducation.

Pour certaines interventions comme l'acromioplastie isolée, rééducation et surtout autorééducation doivent débuter rapidement après l'intervention. S'il existe une réparation des tendons des ligaments ou du labrum, une période d'immobilisation plus ou moins longue est nécessaire pour permettre la cicatrisation des tissus réparés. La durée de cette immobilisation correspond, à la durée de cicatrisation moyenne de ces structures anatomiques, soit 4 à 6 semaines environ pour ligaments ou tendons. L'immobilisation signifie que le membre opéré ne doit en aucun cas être mobilisée par la contraction des muscles de l'épaule opérée (mobilisation dite active). Les tractions par contraction musculaire répétée du tendon suturé avant sa cicatrisation complète augmentent le risque de désunion de la suture. Il en va de même pour une suture ligamentaire ou labrale. Cependant, pour éviter une raideur majeure après plusieurs semaines d'immobilisation, la rééducation avec une mobilisation passive de l'épaule exclusive par un kinésithérapeute est envisageable immédiatement, en limitant quelquefois certaines amplitudes.

Une mobilisation douce active aidée en balnéothérapie (rééducation en piscine) peut également être autorisée dans certains cas, après cicatrisation cutanée, au bout de 2 à 3 semaines. Elle n'est cependant pas indispensable.

Des exercices personnels particuliers sont réalisables durant cette période (mouvement pendulaire de l'épaule, mobilisation active du coude, contraction isométrique du deltoïde) .

Une fois l'immobilisation levée et les amplitudes passives suffisantes, la rééducation active peut commencer. Elle comprend des exercices de mobilisation active qui cherchent à restaurer une mobilité active normale et des exercices de musculation. Cette nouvelle phase de la rééducation est longue et dure plusieurs mois (4 à 6 mois). Elle génère des douleurs tout à fait normales qui doivent être contrôlées par une adaptation permanente qualitative et quantitative de la rééducation et par la prise d'un traitement antalgique systématique, à adapter si besoin. Les séances de rééducation sont pluri-hebdomadaires. Les exercices d'autorééducation, adaptés à cette nouvelle phase, sont réalisés lors de «mini-séances» d'au moins 3 à 5 minutes. Ces «mini-séances» sont à répéter toutes les heures, avec un minimum de 10 séances par jour. Chaque mouvement doit être réalisé jusqu'à la limite douloureuse et répété à 10 reprises. Ainsi conduite, cette auto-rééducation représente 50 à 60 minutes de travail quotidien. Les types d'exercices, la durée et l'intensité des séances pourront être adaptés au cas par cas en fonction de la tolérance et des capacités de chacun.

Les exercices de la phase passive.

    - Ils sont habituellement réalisés 5 minutes 5 fois par jour. Ils nécessitent l'ablation temporaire de l'immobilisation. Leur rôle est de prévenir un enraidissement articulaire important lors d'une phase d'immobilisation et de préparer l'épaule avant une séance de rééducation. Aucune mobilisation active de l'épaule ne doit se produire.

• Massage des cicatrices.

    - Dès leur fermeture, après 2 à 3 semaines, un massage des cicatrices par des mouvements de pression circulaire à l'aide de l'index et de palper-rouler entre pouce et index est nécessaire. Il permet de lever d'éventuelles adhérences entre la peau et les tissus sous-jacents. C'est l'action mécanique qui est importante. L'utilisation de crème peut rendre ce massage cicatriciel plus agréable, mais n'est pas indispensable.

• Mouvements pendulaires.

    - Ces mouvements font appel à la force de gravité pour mobiliser l'épaule vers l'avant. Ils sont effectués simplement en se penchant en avant, en laissant le bras opéré totalement relâché pendre devant soi. Des mouvements circulaires sont ensuite réalisés, une fois dans un sens une fois dans l'autre (30 fois chacun). En se relevant, le bras revient automatiquement se repositionner le long du corps.

• Contraction isométrique du deltoïde.

    - Il consiste à contracter le muscle deltoïde en gardant l'épaule immobile. C'est le seul exercice actif réalisable pendant une période d'immobilisation. Il est réalisé avec le gilet de contention maintenant l'épaule en place. L'exercice consiste à décoller le coude sur le coté. Ce mouvement limité par le gilet entraine une contraction du deltoïde sans raccourcissement musculaire (conservation de la longueur = isométrie), donc sans mobilisation de l'épaule et sans co-contraction des muscles ou tendons réparés.



Les exercices de la phase active

    - Ils comprennent des exercices musculaires et de mobilisation articulaire. Les exercices musculaires vont permettre de renforcer certains groupes musculaires et d'équilibrer leur fonctionnement. Les exercices de mobilisation ont pour but de faire bouger l'articulation dans tous les plans pour détendre capsule, ligaments, muscles et tendons. Chaque exercice est réalisé 10 fois. Ils sont regroupés en petite séances de 3 à 5 minutes minimum à refaire 10 à 12 fois par jour.

• Travail des abaisseurs de l'épaule

    - Assis sur une chaise, les bras le long du corps, coudes légèrement fléchis, les mains saisissent le bord de la chaise. Une poussée est exercée sur la chaise en tendant les coudes comme pour se lever.

• Décoaptation articulaire.

    - Il s'agit, épaule relâchée, de tirer l'humérus vers le bas pour détendre l'articulation. Cet exercice se fait idéalement assis sur une chaise, jambes écartées, buste penché en avant avec le bras opéré pendant entre les jambes. Le coude opposé est posé sur la cuisse. Le poignet opéré est tenu entre le pouce et l'index de la main non opéré qui va exercer des tractions répétées de quelques secondes vers le bas.

• EA 1

    - Cet exercice travaille l'élévation antérieure du bras. C'est un exercice actif aidé qui consiste à lever devant soi la bras opéré en s'aidant du bras controlatéral. Il peut se faire allongé, assis ou debout. Pour le réaliser, il faut joindre les mains en croisant les doigts, fléchir les coudes pour ensuite lever les deux mains ensemble vers le haut. Les coudes sont dépliés lorsque l'élévation est suffisante.

• EA 2

    - Cet exercice travaille également l'élévation antérieure du bras. Il se fait assis devant une table, coudes fléchis à 90°, les mains posées à plat au bord de la table. Dans un premier temps il faut tendre les coudes en faisant glisser les mains sur la table. Une fois les coudes tendus, poursuivre en se penchant vers l'avant pour continuer à faire glisser les mains de l'autre coté de la table.

• EA 3

    - Autre exercice travaillant l'élévation antérieure. Il se fait debout devant une table, un dossier de chaise, ou tout autre support de même hauteur. Les mains sont placé en appui au bord de la table. Il s'agit ensuite de reculer pour se pencher en avant. Ce mouvement permet d'obtenir une élévation de l'épaule en chaine fermée (main en appui) et de contrôler ainsi toute hochement de l'épaule.

• RI

    - Cet exercice travaille la mobilité active en rotation interne. Il s'exécute debout. Bras le long du corps, poing fermé, pouce relevé (main en position d'auto-stop) il faut mobiliser le pouce le long de la fesse pour remonter le plus haut possible dans le dos.

• RE

    - Il travaille la mobilité en rotation externe. Il s'exécute debout bras le long du corps, avant bras fléchi à 90°, main ouverte, pouce vers le haut. Il faut se positionner face à une structure verticale (un mur par exemple) pour que la paume de la main s'appuie dessus. La main opposée vient appuyer sur le bras pour maintenir le coude contre le torse. Il faut réaliser un mouvement de rotation externe de la main accompagné d'un mouvement en rotation des épaules du coté opposé.

• RI/RE

    - Cet exercice travaille les rotations interne et externe. Il peut se faire debout ou assis sur une chaise. Le bras pend le long du corps, la main ouverte. L'exercice constitue à réaliser un mouvement en 8 assez ample, la paume toujours orientée dans le sens du mouvement. Naturellement, ce mouvement va entrainer une rotation interne puis externe et inversement.

• Autres

    - D'autres exercices vous seront donnés par votre kinésithérapeute quand il le jugera opportun

Vous trouverez ci-joint des protocoles de rééducation en fonction du type d'intervention. Il s'agit d'une base de travail qui n'est pas figée. Elle est parfaitement connue de votre kinésithérapeute. Ce dernier doit adapter régulièrement cette rééducation à l'évolution de chacun.

Protocole rééducation prothèse inversée

Protocole rééducation RCR

Protocole rééducation prothèse anatomique

date de réalisation : le 01 mars 2011 - Mise à jour : 01 janvier 2017

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