L'articulation entre la scapula et l'humérus est la plus mobile du corps humain. Cette grande mobilité est permise par la configuration même de l’articulation. La partie supérieure de l'humérus ressemble à une boule qui pivote sur la glène de la scapula, comparable à une petite assiette. Les mouvements de très grande amplitude qu’autorise cette articulation ne sont possibles que parce que la tête humérale est maintenue en permanence parfaitement centrée au milieu de la glène. Ce maintien se fait grâce à plusieurs structures: la capsule articulaire qui est une poche entourant l'articulation, les ligaments qui sont des sortes de rubans reliant la glène à l'humérus et le labrum ou bourrelet glénoïdien attaché autour de la glène.(cf. chapitre anatomie)

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Lors d'un traumatisme occasionnant un déboîtement complet ou non de l'épaule, (luxation ou subluxation) ces structures peuvent être abimées, distendues ou rompues. La tête est alors moins bien maintenue en place lorsqu’elle pivote. L'épaule peut se déboîter à nouveau plus ou moins complètement lors de la pratique sportive, voire même lors de certains gestes de la vie courante. Ces nouveaux épisodes entrainent eux-mêmes de nouvelles lésions. Luxations ou subluxations surviennent ainsi de plus en plus facilement et constituent la forme la plus grave de l’instabilité. Une épaule instable peut également être ressentie sous forme d'appréhension ou de douleur lorsque le bras est positionné dans certaines positions favorisant la « sortie » de la tête humérale.
La survenue d’une instabilité après un premier épisode de luxation est fortement dépendante de l’âge. Ainsi chez un patient de moins de 25 ans, une luxation provoquera une instabilité dans plus de 9 cas sur 10 quel que soit le traitement initial de la luxation. Elle est également favorisée par une hyperlaxité constitutionnelle, c’est à dire une souplesse articulaire plus importante que la moyenne.

Le bilan iconographique doit comprendre obligatoirement des radiographies récentes (incidences de face 3 rotations et de profil de Bernageau), et un arthroscanner. Ce dernier est indispensable pour permettre l’analyse de l’ensemble des lésions labro-ligamentaires et osseuses (Flèches jaunes). De cette analyse découlera en grande partie le choix de la technique chirurgicale à employer.

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Le traitement d’une instabilité gléno-humérale traumatique est chirurgical. A chaque nouvel épisode aigu d’instabilité (luxation ou subluxation), les lésions s’accentuent (lésions des structures stabilisatrices, lésions osseuses, lésions cartilagineuses).

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L'évolution naturelle se fait alors vers des luxations plus fréquentes, une appréhension plus importante, ainsi qu'une dégradation progressive de l'articulation qui devient arthrosique.
Le but du traitement chirurgical de l'épaule est donc d'éviter la répétition des luxations pour permettre la reprise de toutes les activités sans aucune crainte, et prévenir une dégradation progressive de l'articulation (arthrose secondaire).

Le but de la stabilisation de l'épaule est de restaurer l’articulation gléno-humérale pour que la tête de l’humérus reste parfaitement centrée sur la glène. Elle doit restaurer au mieux l’anatomie normale de l’épaule en réparant les lésions. Deux techniques chirurgicales sont envisageables: la réinsertion et la retension du labrum, de la capsule et des ligaments (technique de Bankart), ou la mise en place d'un bloc osseux en avant de la glène (technique de la butée)



La technique de Bankart est réalisée sous arthroscopie, c'est à dire sans ouvrir l'articulation de l'épaule. Deux petites incisions de quelques millimètres sont réalisées, l’une devant et l’autre derrière l’épaule. Une caméra extrêmement fine appelée arthroscope est introduite par l'une d'entre elles pour visualiser l'ensemble de l'articulation. Elle permet sur un grand écran vidéo, de voir de l’intérieur l’ensemble de l’articulation et de noter les lésions de la capsule et des ligaments. Des instruments de petite taille sont introduits par l’autre incision pour réaliser le geste chirurgical. Si les lésions sont très étendues autour de l’articulation, une voie d’abord avec une autre incision peut être nécessaire. Pour réinsérer labrum et ligaments, plusieurs ancres résorbables sont positionnées dans l’os au niveau de la glène. Les fils montés sur ces ancres sont passés dans la capsule et les ligaments, puis noués entre eux afin de réappliquer ces structures à l'os. Pour retendre ou réparer un ligament, seuls des fils résorbables sont utiles.

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En fin d’intervention, les incisions sont fermées à l’aide de pansements adhésifs.



La technique de la butée nécessite une incision de quelques centimètres en avant de l'épaule. Le processus coracoïde, qui est une partie de la scapula en forme de crochet, est prélevé. Il est ensuite fixé en avant de la glène par une ou deux vis, après avoir ouvert l’articulation en passant à travers le tendon antérieur de la coiffe des rotateurs. Une fois positionnée, cette butée augmente la taille de la glène ce qui rend plus difficile la luxation de l’articulation. Un tendon toujours fixé sur la butée vient également renforcer la stabilité en se positionnant devant l’articulation dans les positions les plus « luxantes ». Les structures ouvertes sont ensuite réparées. L’incision cutanée est fermée avec du fil ou des agrafes chirurgicales, en fonction des préférences de votre chirurgien.

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La technique de Bankart arthroscopique a ma préférence puisqu'elle rétablit l'anatomie de l'épaule sans ouvrir l'articulation. Elle constitue l’exemple type des interventions dites mini-invasives. Elle est utilisable dans une grande majorité des cas. Cependant, certaines conditions nécessitent la réalisation d'une butée. Il s’agit principalement de la pratique à très haut niveau d’activités sportives à haut risque, ou l’existence de lésions osseuses importantes sur la tête humérale ou la glène.
L'intervention, quelle que soit la technique utilisée, dure en moyenne 1h15. En fin d’intervention, un pansement stérile est mis en place pour une durée de 15 jours. Votre bras est positionné dans une attelle coude au corps pour immobiliser et protéger votre épaule. L’hospitalisation moyenne est de 48 heures. Le traitement antalgique (traitement de la douleur) sera mis en place, surveillé et adapté durant votre hospitalisation.

Pendant les 4 à 6 premières semaines suivant l'opération, votre épaule est immobilisée par l’attelle coude au corps.

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Cependant une auto-rééducation, comprenant mouvements pendulaires du bras et mobilisation du coude et de la main, doit être faite. Après cette période l’attelle est ôtée et la rééducation débutée. Son but est de retrouver la souplesse, la force et la coordination de votre épaule. Il faut souvent attendre le 2ème mois pour reprendre le volant. La reprise du travail survient en général entre le 2ème et le 3ème mois, et cela en fonction de votre profession. La reprise d'un travail de bureau peut être envisageable plus rapidement après l’intervention, sous réserve de pouvoir être véhiculé. La récupération de la force et de la mobilité est complète aux alentours du 3ème mois, soit après 6 à 8 semaines de rééducation et d’auto-rééducation bien conduite.
La reprise de tous les sports est envisageable après le 3ème mois. Une reprise des compétitions éventuelles est souhaitable après 6 semaines supplémentaires.

Le but principal de l’intervention est de retrouver une épaule parfaitement stable et indolente (sans douleurs). L’opération chirurgicale permet également de stopper la dégradation cartilagineuse de l’articulation et l’apparition d’arthrose. Ses objectifs sont atteints dans 90 à 95% des cas pour les Bankart arthroscopiques ou les butées, ce qui constitue un excellent résultat.
La récidive de l’instabilité même après réussite de l’intervention initiale est toujours possible après un nouveau traumatisme. Elle est plus fréquente pour les pratiquants de sports avec armé ou armé contré du bras comme le tennis, le basket-ball, le hand-ball ou encore le rugby et les sports de combat.

Il existe des risques lors de tout acte médico-chirurgical. Leur fréquence diminue sans cesse grâce à l’amélioration permanente du matériel et des techniques, mais elle ne peut cependant jamais être considérée comme nulle.
- L’infection bien qu’exceptionnelle surtout lors des arthroscopies peut toujours survenir. Elle nécessite parfois l’association d’un lavage chirurgical de l’articulation et d’une antibiothérapie prolongée.
- La lésion du nerf musculo-cutané est rare mais possible lors de la réalisation d’une butée. Sa survenue donne des troubles sensitifs et moteurs du bras plus ou moins importants. L’atteinte des autres nerfs du plexus brachial est exceptionnelle, quelle que soit la technique chirurgicale.
- Une raideur douloureuse peut apparaître si la rééducation est mal conduite. Elle peut également s’intégrer dans le cadre d’une épaule bloquée par rétraction capsulaire, improprement appelée capsulite rétractile. Cette complication d’origine neurologique évolue sur plusieurs mois avant d’aboutir à la guérison. De nouveaux protocoles de traitement sont actuellement disponibles.
- Un saignement inhabituel peut entrainer la formation d’un hématome qui peut, le cas échéant, nécessiter une évacuation par ponction ou reprise chirurgicale. Ces hématomes sont plus souvent signalés après réalisation d’une butée.

Ces risques ne sont pas exhaustifs. Votre chirurgien se tient à votre disposition pour évoquer avec vous tout cas particulier.

date de réalisation : le 01 mars 2011 - Mise à jour : 01 janvier 2017

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